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Alfred Benon (1887-1965)

Fillette jouant à la chaînette, Société nationale des beaux-arts

Un enfant de Saumur devenu artiste sculpteur

Il y a cinquante ans, décédait Alfred Benon, un artiste sculpteur natif de Saumur, dont la famille était originaire de Saint-Martin-de-la Place. La Ville de Saumur tient à rendre hommage à ce personnage, quelque peu oublié aujourd'hui, mais dont les œuvres monumentales font incontestablement partie du paysage saumurois. Qui ne connaît pas les monuments aux morts de Bagneux et de Saint-Lambert-des-Levées, celui des fusillés de la route de Rouen, « le Martyr » du square du Souvenir sur l'ïle d'Offard, ou encore le bas-relief de l'amiral Aristide Aubert Dupetit-Thouars à Saint-Martin-de-la-Place ?


L'enfance et les premiers pas d'un artiste

Alfred Benon voit le jour le 11 juillet 1887, au domicile de ses parents, route de Rouen. Son père est vétérinaire hongreur. L'enfance d'Alfred est heureuse. Il partage son temps entre le quartier de la Croix-Verte, la maison de ses grands-parents à Saint-Martin-de-la-Place (ses ancêtres sont mariniers) et le collège, où il suit des études classiques. Il y excelle surtout en modelage et en dessin. Doué en musique, il joue de la flûte et du violon. Parmi ses amis, on trouve Albert Jouanneault, futur artiste sculpteur (monument aux morts de Saint-Hilaire-Saint-Florent…). Sa scolarité classique s'arrêtera en classe de seconde. A 16 ans, il décide de suivre les cours de l'Ecole des beaux-arts d'Angers. Deux ans plus tard, on le retrouve apprenti dans l'atelier de Pierre Seguin, sculpteur ornemaniste, grâce auquel il participe au chantier de restauration de la tour Saint-Aubin.

A la fin de l'année 1905, sa famille l'envoie à l'Ecole nationale des beaux-arts, à Paris. Elève de Jean-Antoine Injalbert (auteur, entre autres, des statues ornant le pont Mirabeau), Alfred exerce son art sur des modèles vivants. Installé d'abord dans le quartier de Plaisance, puis à Montparnasse, il fréquente l'atelier de Jules Desbois, natif de Parçay-les-Pins et sculpteur renommé. Il voue une admiration sans borne à Rodin, Monet et Puvis de Chavannes. En 1905, il expose sa première œuvre majeure, « Buste d'un vieux vigneron saumurois », au Salon des artistes français.

A partir de 1912, il est régulièrement présent au Salon de la Société nationale des beaux-arts. L'année suivante, il fait partie des sculpteurs dirigés par Antoine Bourdelle pour la réalisation des bas-reliefs de la façade du théâtre des Champs-Elysées.

Juste avant la guerre, Alfred Benon honore une commande saumuroise. Il sculpte les bustes féminins symbolisant l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, au fronton des fenêtres de la maison Rauch, rue de Bordeaux, au n°63 de l'actuelle rue du Maréchal-Leclerc.

L'expérience de la guerre

Alfred Benon a 27 ans lorsque la guerre éclate en août 1914. Il part en laissant Andrée, sa cousine épousée deux ans plus tôt, et sa fille, Louise, âgée de 8 mois seulement.

Tout au long de ces années de guerre, durant lesquelles il passe d'un régiment d'infanterie à l'autre, en occupant ponctuellement les fonctions d'infirmier, il note son parcours, relate ses rencontres et ses états d'âme dans un cahier d'écolier.

Un jour de février 1916, à Suippes, dans la Marne, l'artiste écrit : « ces camions massifs, destinés à emporter en toute hâte les hommes à la bataille, caractérisent si bien ce qu'est la guerre moderne, c'est-à-dire cette guerre atroce que nous vivons, qui procède mécaniquement et automatiquement, où les masses humaines ne sont rien moins que du matériel de guerre qu'on déplace et transporte selon le besoin, pour le précipiter dans la fournaise.»

En 1917, Alfred Benon se trouve près du Mont Cornillet, en Champagne. Cette guerre des tranchées laissant souvent les soldats dans l'attente, le sculpteur trompe son ennui en creusant et en taillant la craie avec son couteau. Il en extrait quelques petites œuvres, dont une statuette de femme, « Le Réveil », qu'il destine à son commandant. Il sortira de cet enfer, décoré de la Croix de guerre assortie de deux citations.

Créer sans cesse, jusqu'à la fin

Démobilisé en mars 1919, le sculpteur retrouve son atelier, à Montparnasse. La vie reprend son cours. La petite famille Benon connaît de nouveau, chaque été, le bonheur de vivre dans la propriété familiale de Saint-Martin-de-la-Place. La remise y sera aménagée en atelier de sculpture. Alfred réapparaît dans les différents salons artistiques parisiens, ceux de la Nationale (société nationale des beaux-arts), d'Automne, des Tuileries et des Indépendants. En 1920, il reçoit le Prix Piot pour sa sculpture en pierre de Lavoux, « La contemplation des mains ».

La période de l'entre-deux-guerres est féconde en œuvres, pas en rentrées d'argent. Les commandes publiques des 17 monuments aux morts, honorées dans le Maine-et-Loire, la Marne, l'Aisne et la Seine-et-Oise, lui permettent de subvenir tant bien que mal aux besoins de sa famille. En 1925, embauché par la fabrique de mannequins de mode Siegel, à Saint-Ouen, il est chargé de réaliser des modèles plus modernes. Il y restera plusieurs mois avant d'enseigner le modelage et le dessin dans quelques écoles parisiennes. Peu à peu, il bénéficie d'une certaine reconnaissance artistique. Il devient, entre autres, vice-président de la Société nationale des beaux-arts en 1927. A l'Exposition coloniale de 1931, la version agrandie de sa « Diane » orne un des bassins de la Cité des Informations.

En 1937, sa statue « Sylvana », est réalisée en pierre pour l'Exposition des arts et techniques, et la Ville de Paris lui passe commande d'une version en bronze de « l'Homme » (Prix Paquin 1936) pour le musée d'Art moderne. Les années de guerre se dérouleront à Nantes, car Alfred a obtenu un poste de secrétaire administratif à l'Institut polytechnique de l'Ouest.

Particulièrement attaché à sa région natale, le sculpteur représentera quelques personnages illustres : le monument dédié à l'amiral Dupetit-Thouars à Saint-Martin-de-la-Place, le buste du vigneron Antoine Cristal à Parnay, celui de Jules Desbois à Parçay-les-Pins et le monument dédié à Joachim du Bellay à Liré. Sous le pseudonyme de Pierre des Tuffeaux, il se fera également critique d’art pour le quotidien La Nouvelle République. Après la guerre, il rendra hommage aux victimes civiles saumuroises avec son « Martyr » et son monument aux fusillés d’août 1944, érigé sur la route de Rouen, à Saint-Lambert-des-Levées.

La dernière œuvre de l'artiste prend la forme d'un « Génie de la Vigne », sculpture en argile de plus de deux mètres de hauteur, réalisée en 1962, dans son atelier de la Maison de retraite des artistes, à Nogent-sur-Marne. Alfred Benon s'éteint à l'hôpital de Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise), le 20 juin 1965, et  repose aux côtés de son épouse Andrée, dans le cimetière de Saint-Martin-de-la-Place.

Au décès de son père, Louise Benon-Godard fait don de son fonds d'atelier et de quelques œuvres de sa mère au Château-Musée de Saumur. En 2013, les Archives municipales acquièrent un lot documentaire rassemblant les cahiers de souvenirs de la Grande Guerre, la correspondance, les articles de presse, ainsi que les photographies des œuvres et des maquettes en plâtre détruites, en grande partie, lors de l'incendie du dernier atelier parisien de son père, rue Nordmann, en 1955.

Véronique Flandrin

Sources et bibliographie : fonds « Alfred et Andrée Benon » conservé aux Archives municipales de Saumur sous la cote 62Z; inventaire des œuvres d'Alfred Benon conservées au Château-Musée de Saumur ; « Alfred et Andrée Benon » (Louise Benon-Godard, éd. du Club La Taverne aux Poètes, Angers, 1969) ; « Dictionnaire des peintres et des sculpteurs angevins » (Fabrice Masson, éd. Geste, 2014) ; « Alfred Benon, sculpteur saumurois » (Raoul Bauchard, bulletin de la SLSAS n°50,1928)

2 commentaires

  • Titeuf, 15 avril 2016 à 15h39Répondre
    Alfred BENON, élève à l'Ecole des beaux-arts d'Angers, a-t'il eu Pierre SEGUIN comme professeur dans cette même école?
  • Archives de la ville de Saumur, 18 avril 2016 à 11h32Répondre
    Oui, Pierre Seguin était bien l'un des professeurs d'Alfred Benon, à l'Ecole des beaux-arts d'Angers. Sous la direction de ce professeur, sculpteur ornemaniste, Alfred Benon a participé au chantier de restauration de la tour Saint-Aubin.

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